Ergonomie des postes de travail au centre de tri de St-Jean Lagineste

Thématique : Action sociale

Porteur de projet : SYDED du Lot
(Syndicat départemental à vocation environnementale)
Territoire concerné : Lot + 5 communes Aveyronnaises
(soit 180 588 habitants, donnée de 2014)
Coût de l’opération : 31000 €
Année de mise en œuvre : 2011
Pour en savoir plus :
Site internet
Téléphone : 05 65 21 54 30
E-mail

1. Résumé du projet

Afin d’augmenter ses capacités de traitement, d’améliorer ses performances ainsi que les conditions de travail de ses agents, le SYDED du Lot a réaménagé son centre de tri de déchets recyclables de St Jean Lagineste.

Pour mener à bien ce projet, le SYDED a mobilisé l’assistance d’une mission en ergonomie afin d’intégrer la prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail des agents, dès la conception du centre de tri. L’objectif étant de diminuer le nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Les postes de travail concernés sont ceux des agents techniques : agents de pré-tri, agents de tri, agents de presse, agents d‘alimentation et agents de maintenance.

Le travail de tri des déchets ménagers est un travail dit « à la chaîne » qui génère des gestes répétitifs pour les opérateurs. A la longue, ce travail peut être à l’origine de Troubles Musculo-Squelettiques (tendinites, par exemple). Les différentes plaintes des agents recueillies lors des visites par le médecin du travail ou lors d’entretiens individuels et les statistiques liées aux conditions de travail (absentéisme, accidents du travail…) démontrent ce phénomène. La préoccupation du SYDED dans la prévention des conditions de travail est majeure sur ces postes et confirme son engagement.

2. Objectifs

L’ergonomie tente de placer, à partir du travail et ceci tout au long du processus, l’Homme au centre de la démarche de conception afin de dégager les besoins nécessaires à l’équilibre entre la performance et la préservation du capital santé des opérateurs.
La valeur ajoutée de la mission ergonomique était d’identifier et de traduire les besoins des utilisateurs en exigences de conception pour l’architecte et les concepteurs des équipements de travail.

L’engagement ergonomique s’attache à faire évoluer certaines représentations afin d’élargir le champ des possibilités du travail (travail assis, par exemple).
En adéquation avec les objectifs et les contraintes spécifiques du centre de tri de St Jean, l’accompagnement ergonomique proposé vise à alimenter les cahiers des charges, visant à réduire le « coût dans l’engagement » des opérateurs, les facteurs de risques pour la santé, de troubles musculo-squelettiques en particulier, et d’accidents potentiels, tout en renforçant la fiabilité opérationnelle des systèmes et des locaux de travail.

Il était attendu du prestataire ergonome de mettre en œuvre une approche globale pour prendre en compte le contexte et l’environnement actuels de chaque poste ainsi que les divers acteurs présents sur le site.
Pour cela, l’expertise a reposé sur :
-  une analyse des pratiques professionnelles actuelles, suivie d’un diagnostic ;
-  l’élaboration d’un cahier des charges, à destination du maître d’œuvre, précisant toutes les préconisations en matière d’ergonomie pour la conception du centre de tri ;
-  la rédaction d’un rapport d’analyse des propositions du maître d’œuvre ;
-  le suivi du chantier avec validations des préconisations ergonomiques.

Cette démarche présente plusieurs caractéristiques :
-  tout d’abord, elle prend la forme d’un accompagnement à la transformation et à la conception ;
-  ensuite elle porte sur des postes de travail identifiés ;
-  enfin, elle vise à la fois à accroître la production et à améliorer les conditions de travail.

3. Moyens mis en œuvre

L’intervention ergonomique repose sur l’analyse du travail tel qu’il se fait (le réel) afin de le mettre en perspective avec ce qu’il doit être (le prescrit). C’est dans la confrontation de ces représentations qu’il est possible de proposer des ajustements conciliant ce que les uns peuvent faire et ce que les autres attendent. En menant l’analyse par une approche globale, il est possible d’identifier les situations de travail problématiques et nécessaires à prendre en compte dans le projet de conception.

Une collaboration a été organisée avec le prestataire ergonome, la maîtrise d’œuvre et le SYDED. Pour cela, un comité de pilotage dédié à l’intervention a été constitué dès le démarrage de la prestation. Il rassemblait le représentant de la maîtrise d’œuvre, la directrice, le responsable projet, le responsable de l’exploitation, le directeur de l’exploitation, la responsable sécurité et le prestataire ergonome. Ce comité de pilotage, réunit à minima lors de chaque phase importante du projet, a eu un rôle décisionnel quant à l’orientation des thèmes de l’analyse ainsi que dans la validation des conclusions et des préconisations apportées par le prestataire.
En parallèle, les opérateurs ont été fortement mobilisés dans cette démarche. Tout d’abord lors des études menées par le prestataire ergonome dans l’étude des postes. Puis, lors des essais et lors du prototypage.

D’un point de vue financier, la mission de l’ergonome a coûté un peu plus 31 000 €, somme qui a été entièrement subventionnée par la CNRACL dans le cadre de leurs fonds national de prévention.

4. Résultats

L’analyse fonctionnelle ergonomique du travail réel a permis d’identifier, de formaliser et de mettre en débat un certain nombre de besoins indispensables à la préservation de la santé et de la sécurité des utilisateurs. Cette expertise a permis de définir, pour le cahier des charges de conception, des aménagements technico-organisationnels afin de prévenir les risques professionnels et améliorer les conditions de travail des agents.

5. Clés de réussite

Cette démarche a su prendre en considération l’Homme et ses nécessités dans la conception d’un équipement de travail. Aussi, le principal point positif a été véritablement l’implication des agents à chaque étape du projet. Les simulations en situation ont reçu un accueil enthousiaste de la part des futurs utilisateurs qui ont apprécié d’être associés au plus près à la conception de leur propre situation de travail. En effet, le prestataire ergonome, pour chaque décision, a mobilisé les opérateurs :
-  tout d’abord lors de l’état des lieux, le prestataire ergonome a interrogé les agents afin de recueillir les avis et remarques ;
-  ensuite lors des essais sur prototypes grandeur nature ;
-  enfin, sur le choix final des équipements tels que le siège, repose-pieds…
Par ailleurs, l’engagement de la Direction et de l’encadrement a été très « pilote » dans les choix techniques et dans l’importance donnée à ce projet.

6. Difficultés rencontrées

La principale difficulté de ce projet se situe dans la recherche de solutions et méthodes de travail innovantes, qui permettent de concilier confort des agents, via une gestuelle confortable, et rendement afin d’atteindre les objectifs de production. Ces solutions dites « innovantes » ont été initiées et imaginées par le prestataire ergonome et les concepteurs du centre de tri. Or, des ajustements à moyen terme ont dû être nécessaires. Par exemple au niveau des sièges : il avait été prévu un siège sur bras articulé permettant aux agents d’utiliser ou pas ce dernier tout en l’ayant à portée de main. Finalement, il a été convenu, avec les agents, que ce siège serait avec pieds afin qu’il soit adaptable au mieux au poste par les agents en supprimant les gestes contraints de mise en place. Ce qui démontre que malgré tout il demeure des inadéquations entre ce qui est préconisé et la mise en place concrète. D’autant plus lorsqu’il n’existe pas de solutions prédéfinies.

7. Perspectives d’évolution

D’une manière globale, l’étude qui a été menée sur le centre de tri de St-Jean doit être prise comme exemple pour les autres centres de tri. Hormis le fait d’intégrer l’humain au cœur de la construction d’un équipement de travail, cela a permis d’éviter de créer des opérations douloureuses pour la santé et la sécurité des opérateurs.
Il est nécessaire de s’appuyer sur le travail réel et quotidien des agents et d’ajuster régulièrement, par rapport à leurs nouvelles interrogations sur leur condition de travail et leurs "plaintes", et d’étudier avec eux la mise en place d’actions correctives.
Avec les nouveautés règlementaires concernant la pénibilité au travail, l’activité en centres de tri doit impérativement être étudiée afin d’éviter l’exposition des agents à des facteurs de risques liés entre autre à la répétitivité.

8. Éléments reproductibles ou transférables

Cette démarche est transposable pour n’importe quel poste de travail de toute activité

Les conditions préalables à la démarche :
-  L’engagement de la Direction et la volonté de prendre en compte les conditions de travail des agents ;
-  Pas de limite dans les réflexions intellectuelles (ouverture vers des techniques ou évolutions innovantes) : paradigme.

La conduite de projet :
-  Groupe de pilotage et réunions ;
-  Planification et bon suivi ;
-  Implication des agents afin qu’ils soient convaincus de l’intérêt de la démarche.

La relation au prestataire extérieur :
Une bonne relation avec le prestataire est primordiale. Il doit être présent à toutes les étapes du projet : avant, à la mise en route et après (réglages et suivi, recadrage) mais aussi pour présenter le projet lors des réunions internes de l’entreprise (CHSCT, CE, réunions de Direction…). Il doit aussi être interrogeable à propos du projet à tout moment.